Commençons par ce qui va vous éviter une déception : Kyoto n’est pas une ville thermale. Il n’y a pas de source chaude sous le centre-ville, et l’immense majorité des ryokans kyotoïtes n’ont donc pas d’onsen au sens strict. Ce que vous y trouverez, ce sont des bains de bois de cyprès, des baignoires privatives, parfois de l’eau remontée par forage — mais pas le bassin fumant en plein air des images de Hakone.
Ce n’est pas un défaut, c’est une autre chose. Le ryokan de Kyoto se joue sur la maison elle-même, sur le kaiseki et sur une forme d’attention au client qui n’existe nulle part ailleurs. Encore faut-il savoir où aller.
Les deux légendes, porte à porte
Fait amusant que peu de gens connaissent : les deux ryokans les plus réputés du Japon sont voisins immédiats, dans la même rue du quartier de Nakagyo, aux numéros 277 et 278. Ils se font face depuis plus de deux siècles.
Hiiragiya
C’est celui que je recommanderais des deux, et les chiffres suivent : 4,8 sur près de 400 avis, contre 4,6 pour son voisin.
Le bâtiment principal date de plus de deux cents ans, et certaines chambres — la 19, la 33 — ouvrent sur un petit jardin d’angle. Un client raconte s’être assis près de la fenêtre un soir de pluie, simplement pour écouter. C’est exactement ce qu’on vient chercher ici.
Chaque chambre a son attendante attitrée, qui sert les repas dans la pièce et s’occupe de vous pendant tout le séjour. Le kaiseki et le petit-déjeuner japonais sont unanimement salués. Un voyageur revenu au Japon après quarante ans y a retrouvé ce qu’il croyait disparu du pays.
L’emplacement est central sans être touristique, ce qui est rare à Kyoto.
Pour qui : une occasion marquante. Anniversaire, voyage de noces, premier séjour au Japon dont on veut faire quelque chose.
Tawaraya
L’adresse la plus mythique, et celle sur laquelle je serai le plus nuancé.
Le service y est au niveau de la réputation : une attendante dédiée par chambre, les repas servis en chambre, une courtoisie que plusieurs clients décrivent comme n’existant en Occident que dans les palaces les plus chers. La maison est magnifique, les jardins impeccables.
Mais une réserve revient, et elle est argumentée. Un client ayant réservé la plus grande suite — à plus de 340 000 yens la nuit pour deux — a trouvé la chambre très simple et l’intérieur moins abouti que dans d’autres ryokans kyotoïtes. À ce niveau de prix, la question mérite d’être posée.
Mon conseil : si vous hésitez entre les deux, prenez Hiiragiya. Si vous tenez à Tawaraya, évitez la suite la plus chère et prenez une chambre classique du bâtiment historique — le rapport entre ce que vous payez et ce que vous vivez y est bien meilleur.
Les trois adresses que je recommanderais en premier
Ce sont elles qui offrent le meilleur équilibre entre l’expérience et le prix.
Shiraume, dans Gion
Le long du ruisseau Shirakawa, au cœur du quartier des geishas. C’est sans doute l’adresse la plus attachante de cette sélection, et les avis sont d’une chaleur inhabituelle.
Tomoko, la maîtresse de maison, et son équipe reviennent dans presque tous les retours. Une cliente raconte qu’on lui avait déconseillé le ryokan — trop cher, trop déroutant — qu’elle a réservé au dernier moment, et que c’est devenu le moment fort de tout son voyage au Japon. Une autre explique n’avoir eu qu’une nuit de disponible et avoir vidé son programme de la journée pour ne rien faire d’autre que rester sur place.
Le kaiseki est décrit comme une succession de tableaux de saison, et l’équipe s’adapte aux régimes alimentaires sans difficulté.
4,8 sur plus de 220 avis.
Kyokoyado Muromachi Yutone
La meilleure note de cette sélection : 4,9 sur plus de 210 avis. Dans le quartier de Shimogyo, central et calme.
La maison propose un bain en hinoki, le cyprès japonais, dont l’odeur imprègne la peau — un client cite la réflexion de son épouse au sortir du bain, et elle est plus éloquente que n’importe quel descriptif. Le menu change chaque soir, la bibliothèque et le jardin servent de salon, et plusieurs voyageurs disent y avoir oublié qu’ils étaient en plein Kyoto.
Un bémol honnête : l’isolation phonique entre les chambres est médiocre. Un couple logé dans la chambre réputée la plus silencieuse entendait distinctement la conversation des voisins du dessous. Si vous avez le sommeil léger, signalez-le en réservant.
Toshiharu Ryokan
Une machiya — maison de ville traditionnelle — de cent soixante ans, dans Shimogyo. 4,9 sur plus de 170 avis, et un rapport qualité-prix nettement meilleur que les grandes adresses.
Ce qui revient : la visite guidée de la maison à l’arrivée, une cérémonie du thé improvisée pour les clients, et le petit-déjeuner préparé par la mère du propriétaire. La chambre Satsuki ouvre sur son propre jardin.
C’est le choix à faire si vous voulez l’expérience complète sans le tarif des maisons historiques.
Si vous tenez absolument à un vrai bain
Trois adresses où l’eau est le sujet, et pas un à-côté.
Sora Niwa Terrace Kyoto
Shijo Kawaramachi, en plein centre. C’est l’un des rares établissements de la ville à proposer une véritable eau thermale, avec des bains publics qui alternent entre hommes et femmes selon les jours.
Les chambres du Bettei disposent d’un onsen privatif en plein air avec vue sur la rivière Kamo et les collines de Higashiyama. Plusieurs clients décrivent le bain au lever du jour comme le moment le plus marquant de leur séjour au Japon.
Deux réserves. C’est un hôtel, pas un ryokan traditionnel — ne vous attendez pas au service en chambre ni à l’attendante attitrée. Et la terrasse du toit, très mise en avant, a déçu un client qui décrit un bain de pieds mal entretenu et des fauteuils tachés.
4,5 sur plus de 700 avis.
Rojiyu, à Nakagyo
Une formule à part, et excellente en famille ou entre amis : vous louez une maison de ville entière, avec onsen privatif intérieur et extérieur, cuisine, machine à laver, et de la place pour cinq personnes.
Quartier résidentiel à l’écart des foules, près de la station Omiya. Les clients soulignent tous la même chose : le calme, et le bain privé en fin de journée.
4,9 sur plus de 350 avis, ce qui en fait l’une des adresses les mieux notées de Kyoto.
Arashiyama Onsen Kadensho
À Arashiyama, à côté de la forêt de bambous et de la rivière. Bains privatifs accessibles vingt-quatre heures sur vingt-quatre, ramen offert le soir, glaces en libre-service après le bain. Les familles en sont très contentes.
Mais soyez prévenu : plusieurs clients signalent que les bains ne sont pas alimentés par une source thermale, malgré le nom. Ce sont de grands bains chauds, pas un onsen. Et la note globale, 4,1 sur près de 1 900 avis, est la plus basse de cette page.
À petit budget
Ryokan Yoshi Ima
Dans Gion, à quelques pas des cerisiers du printemps. 4,6 sur plus de 200 avis, pour un tarif sans commune mesure avec les grandes maisons.
Bain privatif réservable, petit-déjeuner japonais que plusieurs clients citent comme le meilleur repas de leur voyage, yukata fourni, et de petits cadeaux à l’arrivée comme au départ. Une laverie automatique à trois minutes, ce qui compte sur un long circuit.
Gion Ryokan Q-beh
À mi-chemin entre l’auberge de jeunesse et le ryokan, dans une maison traditionnelle à cinq minutes du Kiyomizu-dera. Dortoirs en cabines individuelles, chambres privées avec salle de bain, grande cuisine commune.
C’est l’option des voyageurs seuls et des petits budgets, et elle est bien tenue : 4,5 sur près de 350 avis. Une cliente y a séjourné seize nuits.
Une adresse à éviter sur un malentendu
Sakanoue, dans Gion, affiche des « bains publics ». Un client décrit la réalité : une baignoire dans une pièce exiguë du sous-sol, à réserver, avec une eau tiède. Il juge l’annonce trompeuse.
Les chambres et l’emplacement sont par ailleurs appréciés, et d’autres clients parlent au contraire d’un onsen privatif très agréable — les retours divergent beaucoup. Si le bain est votre critère, demandez des photos avant de réserver.
Ce qu’il faut savoir avant votre première nuit
Le dîner est servi tôt, souvent entre 17 h 30 et 18 h 30, et l’horaire se fixe à l’arrivée. Ce n’est pas négociable dans la plupart des maisons.
Les chaussures se quittent à l’entrée, et on ne les remet qu’en partant. Chaussons dans les couloirs, pieds nus ou chaussettes sur les tatamis. Des chaussons différents pour les toilettes.
On se lave avant d’entrer dans le bain. Intégralement, assis sur un petit tabouret, douchette à la main. L’eau du bain ne sert qu’à se détendre, jamais à se laver.
Le yukata se croise gauche sur droite. L’inverse est réservé aux défunts. C’est le genre de détail qu’on ne vous dira pas mais que tout le monde remarque.
Les futons sont installés pendant le dîner. Vous quittez un salon et vous retrouvez une chambre à coucher. C’est volontaire et c’est l’un des plaisirs discrets du ryokan.
Une nuit suffit souvent. Beaucoup de voyageurs intègrent un ryokan au milieu d’un circuit plutôt que d’y rester plusieurs jours. Le rythme est contraignant — repas à heures fixes, journée structurée — et deux nuits suffisent largement à tout saisir.
Questions fréquentes
Faut-il réserver longtemps à l’avance ? Oui, et c’est sans discussion pour les saisons des cerisiers et des érables. Les grandes maisons se remplissent six mois à l’avance sur ces périodes, parfois davantage.
Les tatouages posent-ils problème ? Dans les bains publics, souvent oui — c’est encore un motif de refus fréquent au Japon. Dans un ryokan avec bain privatif ou bain réservable, la question ne se pose pas. C’est un critère de choix à part entière si vous êtes concerné.
Peut-on y aller avec des enfants ? Certaines maisons les accueillent très bien, d’autres fixent un âge minimum pour préserver le calme. Les formules en maison entière, comme Rojiyu, sont les plus souples.
Le dîner est-il obligatoire ? Pas toujours, mais il est l’essentiel de l’expérience. Un ryokan sans kaiseki, c’est une chambre en tatami — vous passez à côté de la moitié de ce pour quoi vous payez.
Et si je suis végétarien ? Dites-le au moment de réserver, pas à l’arrivée. Le kaiseki repose largement sur le poisson et les bouillons de dashi. Les bonnes maisons s’adaptent, mais il leur faut du délai.